Malgré une technique à la rue et une prise en main horriblement poussive, The Last Guardian est le reflet de ce que le jeu vidéo peut faire de plus beau. Un moment de magie qui ne sera malheureusement pas compris de tous.

Je vais surement manquer d’originalité, mais il me parfait difficile, pour ne pas dire même impossible, d’aborder The Last Guardian sans parler de son temps de développement qui s’est étalé sur presque toute une décennie. Arlésienne parmi les arlésiennes, The Last Guardian est, avec Final Fantasy XV, la preuve que les miracles finissent toujours par arriver dans le petit monde du jeu vidéo. Je ne dis pas que SEGA va finir par revenir sur le marché des consoles ou que Nintendo va nous pondre un F-Zero pour le lancement de la Swicth, mais après avoir été mille fois repoussé, après avoir glissé de la PS3 vers la PS4 et après avoir été annoncé comme mort par une presse JV bien trop contente de tenir un sujet à fort potentiel cliquable, The Last Guardian a fini par débouler un matin du mois décembre. Un petit miracle qui témoigne tout de même une gestation ô combien difficile. Car si la tradition japonaise fait qu’on ne saura peut-être jamais ce qu’il s’est réellement passé en coulisses, il paraît assez difficile d’imaginer Fumito Ueda en totale roue libre sur son projet sans avoir une armée de costard cravate derrière son cul. On sait déjà plus ou moins que Sony lui a laissé carte blanche d’un point de vue créatif, mais tout ne s’est pas fait sans tensions, réunions de crise et autres pétages de câbles. Le jeu s’est fait sous un torrent de larmes et on peut même ressentir toute cette douleur rien qu’en posant ses mains dessus. Car oui, The Last Guardian est un jeu bancal, techniquement imparfait et carrément rebutant sur certains aspects. Pourtant, derrière cette carcasse à moitié fumante qui fera malheureusement fuir un bon paquet de joueurs se cache un jeu tout simplement incroyable qui fera date dans l’histoire du jeu vidéo.

Test de The Last Guardian sur PS4

Je ne compte plus les fois où j’ai voulu éteindre la console, où j’ai voulu balancer ma manette à travers la télé et où j’ai voulu insulter le jeu de GROS FILS DE PUTE. Pourquoi ? Parce que The Last Guardian est un jeu mal torché, fini avec une truelle rouillée et qui aurait dû bénéficier de quelques mois de développement supplémentaires pour nous offrir une expérience de jeu convenable. Après toute une décennie d’attente, je peux comprendre l’envie très pressente de Sony d’en finir une bonne fois pour toutes, mais à moins d’avoir une PS4 Pro, le jeu est techniquement atroce et pas très loin de la catastrophe industrielle. J’abuse peut-être un peu, mais le jeu m’a tellement fait souffrir sur certains passages que ça fait un bien fou de s’expurger un peu par écrit. Entre le framerate TOTALEMENT à la rue, la gestion des collisions pétée, une caméra débile et la maniabilité parfois horrible, tout est réuni pour pester, baver, hurler et limite abandonner. C’est là qu’on comprend que The Last Guardian fait partie de ces jeux qui se méritent, car s’il ne faut pas occulter tous ses problèmes, il faut se forcer pour aller au-delà de tout ça et ainsi toucher du bout du doigt toute la magie qu’il a à offrir. The Last Guardian est un grand jeu, un chef-d’œuvre et une putain d’expérience qui, même s’il l’avait déjà prouvé avec Ico et Shadow of the Colossus, confirme que Fumito Ueda fait partie des plus grands.

Test de The Last Guardian sur PS4

Pour ceux qui auraient loupé le train, The Last Guardian nous met dans la peau d’un jeune garçon qui doit s’allier à une étrange créature, une espèce de mélange entre un félin, un chien et un rapace, pour se sortir d’un endroit aussi mystique qu’énigmatique. Un dédale de tours, de grottes et autres pont-levis avec un style Asteco-babylonien qui semble si cher à Ueda. Au passage, si le jeu est à la ramasse total d’un point de vue technique, il reste graphiquement et artistiquement somptueux. Bon, il y a de quoi tiquer sur les plumes de Trico (c’est la bête) ou sur le brouillard qui masque un peu trop la profondeur de champ, mais ça reste beau à en chialer. Surtout si vous êtes du genre à tomber amoureux des fresques tout en pastel. Pour en revenir au gameplay, The Last Guardian prend donc la forme d’un puzzle game grandeur nature. Les énigmes ne sont pas spécialement compliquées et il suffit de faire preuve d’observation, de s’accrocher à la bonne corniche, pousser une caisse au bon endroit ou actionner un levier pour faire monter une grille et ainsi s’ouvrir le passage. En fait, les seuls éléments perturbateurs qui peuvent donner quelques suées restent des armures qui peuvent nous tomber dessus à tout moment pour nous choper. Mais même là, à moins de se faire prendre par surprise, il suffit de marteler les touches pour se libérer ou d’appeler Trico à la rescousse pour qu’il vienne bousiller tout ce joli petit monde à grands coups de pattes. The Last Guardian n’est pas un jeu très difficile et toute la complexité repose en fait sur le lien que l’on doit entretenir avec Trico pour évoluer.

Test de The Last Guardian sur PS4

Loin de moi l’idée de faire une analogie à deux balles, mais on peut très bien faire un parallèle entre les soucis de maniabilité du jeu et la relation avec Trico. Non pas que ça a été fait exprès, je pense que Fumito Ueda aurait préféré pondre un jeu techniquement irréprochable pour rendre l’expérience encore plus savoureuse, mais cette étrange dualité donne un certain cachet à l’aventure. Car s’il y a de quoi criser, chialer ou tout ce que vous voulez d’autres, le jeu n’est pas non plus injouable et on finit par s’habituer à toutes ses approximations. Un peu comme l’attachement, la compréhension et le dialogue avec Trico. Les débuts sont difficiles, pour ne pas dire même chaotiques, jusqu’à ce délicieux moment de grâce où l’alchimie se met en place. Trico a beau être une somme de vecteurs sur lesquels on a placardé des textures, mais il donne sans cesse l’impression d’être vivant. Que ce soit au niveau de ses déplacements, de ses mimiques, de ses sons ou tout simplement de ses yeux pétillants de vie, c’est un peu comme si on jouait avec un autre joueur en coopération. Un autre joueur qui parfois n’en fait qu’à sa tête, qui refuse de bouger s’il n’a pas à manger et qui n’hésite pas à nous indiquer la route du bout du museau si on se sent un peu trop perdu. Je n’ai pas envie de vous sortir les violons avec un laïus sur l’émotion que David Cage adouberait sur le champ, mais The Last Guardian est un jeu qui offre des moments d’une rare intensité à la limite de l’indescriptible. On tisse un lien avec Trico sans même s’apercevoir et l’essence même du jeu repose sur cette liaison. Parce que si parfois il énerve à ne pas écouter et à se gratter derrière l’oreille alors que ça fait dix bonnes minutes qu’on lui demande de sauter sur une plateforme, on se sent incroyablement seul quand il n’est pas là. Si bien qu’on en vient à sourire bêtement quand on voit sa truffe apparaître au détour d’un passage trop étroit pour lui et c’est limite si on ne se met pas à crier devant la télé quand on se fait courser par une demi-douzaine d’armures. Cet attachement, cette relation, cette fusion, c’est justement toute la magie que Fumito Ueda a réussie à insuffler dans son jeu. Une magie dissimulée sous une carapace mal fichue et parfois cruellement punitive. Une magie qu’on n’a finalement le droit d’embrasser qu’à condition de souffrir un peu. Les règles du jeu sont ainsi posées.

Test de The Last Guardian sur PS4

REVIEW OVERVIEW
Un bijou
9
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1 commentaire

  1. The Last Guardian justifie à lui seul l’achat d’une PlayStation 4. Lorsque l’on respire la beauté et la poésie de cette aventure, on découvre alors tout la grandeur de ce chef-d’oeuvre. Une dimension épic et grande du jeux vidéo. La relation en trico et le petit est juste parfaite.

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