Contrairement à ce qu’on peut lire chez certains joueurs bien trop enthousiastes à mon goût, Detroit : Become Human n’est pas un jeu exempt de tous reproches. Des défauts, il en a quelques-uns, mais ça ne l’empêche pas d’enfiler la capte du meilleur jeu de Quantic Dream et surtout de marquer l’aboutissement d’un style et d’une vision que le studio cultive depuis maintenant plus de 13 ans.

Le style Quantic Dream, c’est quoi ? Des jeux narratifs et contemplatifs dont l’objectif principal est de raconter une histoire et faire ressentir des émotions au joueur à défaut de le divertir manette en main. Voilà comment je pourrai vous résumer le bousin. Un style on ne peut plus casse gueule qui peut offrir des expériences de jeu radicalement différentes selon la vision qu’on se fait du jeu vidéo. Par exemple, si je n’ai jamais mis les mains sur Fahrenheit, je peux vous dire que je garde un très bon souvenir d’Heavy Rain et l’article que je vous ai pondu la semaine dernière vous montre tout le dégout que m’inspire cette chie de Beyond Two Souls. Je n’ai pas envie de prendre mon cas pour une généralité, mais j’ai l’impression que la demi-mesure n’a pas sa place avec les jeux de David Cage. On aime, ou on déteste. Il n’y a pas vraiment de règle. Et fatalement, il en va de même pour Detroit : Become HumanQuantic Dream n’a pas cherché à changer de formule. On reste sur un jeu qui met l’accent sur la narration, sauf qu’on a le droit à une bonne dose de gameplay, une multitude d’embranchemenst scénaristiques, un certain sens du rythme, une réalisation impeccable et une histoire rondement menée qui ne donne pas l’impression de lire la rédaction d’un collégien dans le ventre mou de sa classe. Autrement dit, ça fonctionne plutôt bien et Quantic Dream tient certainement là l’aboutissement d’une vision du jeu vidéo qui leur est propre.

impressions detroit become human sur PS4

Une tonne d’embranchements scénaristiques

L’histoire de Detroit : Become Human se déroule dans la ville de Detroit en 2038 à une époque où les androïdes ont pris la place des aspirateurs automatiques, des ouvriers, des livreurs de pizzas ou encore des gardes d’enfants. Des êtres parfaits, malléables et à l’apparence humaine qu’on reconnait à l’aide d’une petite diode lumineuse sur la tempe, mais aussi par l’épaisseur du manche à balai qu’ils ont dans l’arrière-train. Si on repassera sur l’originalité du thème et la localisation géographique (coucou Robocop), je trouve que la nouvelle œuvre de David Cage est plutôt bien écrite et traite avec une certaine justesse les relations anxiogènes qui pourraient exister entre les humains et les androïdes dans une société en perdition et rongée par le chômage. Une situation pour le moins délicate qui va être chamboulée par l’apparition des déviants, des androïdes « défectueux » dotés de libre arbitre, d’une conscience et même de sentiments et qui sont capables de se retourner contre leur maître allant même jusqu’à les tuer s’il le faut. Bon, on reste très loin de l’intelligence d’un Blade Runner, ça ne boxe clairement pas dans la même catégorie, mais on quitte enfin la zone « téléfilm de M6 » dont nous avaient habitués les productions Quantic Dream jusqu’ici. Ainsi, malgré quelques petites facilités d’écriture et autres poncifs du genre, on s’attache très vite aux différents personnages qui sont beaucoup plus intéressants, plus denses et surtout moins stériles que sur l’autre jeu dont je n’arrête pas de dire du mal. De fait, on suit les évènements de Detroit : Become Human avec intérêt, sans jamais décrocher et surtout avec l’envie d’en savoir plus. Aussi, à aucun moment je ne me suis surpris à pouffer, hocher la tête ou me passer la main sur le front en disant « mon dieu qu’est-ce que c’est con ». Et vu l’historique de David Cage dans le domaine, on peut dire que c’est une petite victoire.

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En plus de proposer une histoire intéressante et des personnages attachants, Detroit : Become Human propose aussi un gameplay qui ne résume pas qu’à une simple succession de QTE. Je ne vous l’ai pas spécifié plus haut, mais le jeu nous met dans la peau de trois androïdes qui proposent chacun une façon de jouer bien particulière. Avec Kara, l’androïde bonne à tout faire, on reste sur du très classique avec de l’exploration, des QTE et différents choix de dialogue. Markus, l’androïde aide-soignant, va quant à lui être plus porté sur l’action, le combat et est capable de faire du parkour façon David Belle en identifiant le chemin le plus adéquat à emprunter. Quant à Connor, l’androïde envoyé par Cyberlife pour enquêter sur les déviants, il propose le gameplay le plus intéressant des trois en reconstituant des scènes de crimes après avoir identifié et étudié tous les indices. Le tout s’articulant autour de séquences de jeu variées allant de la course-poursuite sur les toits de la ville à la traque d’une fugitive dans une boite de nuit en passant même par le braquage d’un entrepôt. Ensuite, il faut ajouter à cela toutes les autres possibilités de jeu comme dialoguer avec les différents PNJ ou encore l’interaction avec les nombreux objets de l’environnement. Sachant que la moindre de nos actions peut avoir un impact à court, moyen ou long terme dans l’aventure. Car comme le faisaient déjà Heavy Rain et Beyond Two Souls, Detroit : Become Human propose une histoire à embranchements multiples et pousse le concept vraiment très loin.

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Techniquement impressionnant

Que ce serait-il passé si je n’étais pas intervenu lors de cet interrogatoire, si j’avais décidé d’affronter le père d’Alice au lieu de passer par la fenêtre ou si j’avais plutôt opté pour la violence à la place d’une approche pacifiste ? Voilà le genre de questions qu’on se pose et qu’on aime à se poser à la fin de chaque chapitre du jeu quand on voit s’afficher l’arbre parfois tentaculaire qui résume tous les choix qu’on a effectués. De quoi se rendre compte de l’incroyable nombre de possibilités qui peut exister dans une scène et par extension dans le jeu dans son intégralité. Hier encore, alors que je pensais avoir eu la même fin « apocalyptique » que mon gars sur MrIlyas, je me suis vite rendu compte que beaucoup d’éléments divergeaient et qu’on avait finalement vécu une aventure qui nous est propre. Presque unique. Et s’il est évident qu’un choix fort comme laisser partir un personnage ou l’abattre froidement d’une balle dans la tête aura fatalement un impact sur l’histoire, ici, même des choses à priori insignifiantes peuvent avoir des répercussions plusieurs chapitres plus loin. Et ces choix sont clairement identifiés à l’aide d’un petit cadenas jaune sur l’arbre des choix.  Et bien évidemment, il est possible de refaire à l’envie tous les chapitres du jeu une fois l’aventure terminée pour essayer de changer les choses. Et autant vous dire que si certaines variations sont minimes, d’autres peuvent radicalement tout changer et vous donner accès à de nouvelles scènes ou faire découvrir de nouveaux lieux. De ce côté-là, les équipes de Quantic Dream ont fait un boulot remarquable et je dirais même que le fait de s’amuser à refaire des chapitres ou des pans entiers de l’aventure pour essayer de changer les choses est un élément de gameplay à part entière. C’est une façon d’allonger la durée de vie du jeu de manière beaucoup moins artificielle que de collectionner des objets aux quatre coins d’une carte. Je dirais même que c’est nettement plus intéressant.

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Je sais bien que tous les gouts sont dans la nature et que chaque joueur à sa propre sensibilité, mais j’ai vraiment du mal à concevoir qu’on ne trouve aucun défaut à Detroit : Become Human. Et c’est le genre de choses que j’ai beaucoup trop lues sur les réseaux sociaux après la sortie du jeu. Déjà, malgré tout le bien que j’en ai dit un peu plus haut, et c’est mérité, il y a quand même quelques problèmes d’écriture. Comme un manque de cohérence dans le comportement de certains personnages, des réactions irrationnelles ou encore ce twist à la fin du jeu qui ne tient absolument pas debout. Je vous épargne les détails, mais c’est sans doute la chose qui m’a le plus déçu dans le jeu tellement c’est grossier et facile. Aussi, loin des scènes libidineuses et grotesques de Beyond Two Souls, Detroit a aussi droit à quelques petits passages gênants avec ses clichés et raccourcis. Rien d’embêtant en soi, mais suffisamment pour faire redescendre le soufflé lors de certaines scènes. Et puis, comment ne pas parler de la maniabilité parfois lourdingue ou encore ces maudits QTE OBLIGATOIRES POUR DES CHOSES COMPLETEMNT INUTILES ET DEBILES COMME OUVRIR UNE PUTAIN DE PORTE OU RAMASSER UN OBJET DE MERDE. Sincèrement, hormis casser le rythme d’une scène, ces QTE ne servent à rien et il serait judicieux de la part de Quantic Dream de s‘en débarrasser définitivement pour se concentrer sur ce qui est vraiment utile et intéressant. Enfin, j’ajouterais aussi un manque d’empathie envers certains personnages qui devraient justement provoquer l’inverse suite à leur prise de conscience. C’est assez difficile à expliquer, mais hormis Kara, j’ai eu beaucoup de mal à m’identifier aux personnages et assimiler leur volonté réelle par rapport à mes choix personnels. Mais bon, avec Detroit, je pense que David Cage et Quantic Dream tiennent enfin la meilleure expression de leur style. Un jeu techniquement impressionnant, avec une direction artistique de très bon gout, une expression et une modélisation des visages folle et une ambiance sonore peut-être un poil trop discrète mais parfaitement dans le ton. En clair, après cette purge de Beyond Two Souls, ça fait un bien fou de jouer à un jeu comme Detroit : Become Human. Et je vous le recommande.

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J’y ai joué avec une version fournie par l’éditeur

Images : https://wallpapersite.com, http://www.jeuxvideo.com

1 commentaire

  1. J’ai eu l’occasion de jouer à « Detroit : Become Human » et je trouve que ce titre est impressionnant. L’histoire est parfaite et le graphisme est à couper le souffle.

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