Il m’aura donc fallu un peu plus de neuf heures de jeu et pas moins de 724 morts avant d’admirer la séquence de fin d’Ori and the Blind Forest. Une petite pépite « indé » terriblement envoutante qui, malgré ses innombrables qualités, n’est pas exempt de tout reproche.

Jeu exclusivement sur PC et Xbox One

Ori and the Blind ForestPas la peine de froncer le sourcil aussi haut. Toi, chère lecteur qui vient surement d’être choqué par les derniers mots de mon introduction. Je ne dis pas qu’Ori and the Blind Forest n’est pas bon un jeu, je dis juste qu’il n’est pas aussi extraordinaire qu’on le dit un peu partout en ce moment. En fait, pour tout vous dire, Ori est de très loin ma plus belle expérience de ce début d’année. En même temps, après avoir charcuté des Nazis dans Zombie Army Trilogy, chassé des grosses bestioles dans Evolve et subit les outrages des QTE poussifs de The Order 1886, comment ne pas fondre tel un chamallow au-dessus d’un feu de camp face à un jeu aussi rafraichissant que celui de Moon Studios. A la croisée entre Limbo pour l’architecture des plans et d’une production Ghibli pour le style graphique,  Ori and The Blind Forest propose une direction artistique tout simplement sublime. La réalisation est d’une finesse exemplaire, les animations d’une incroyable souplesse et les couleurs semblent avoir été minutieusement sélectionnées pour dessiner une fresque d’une rare beauté. Vous pensez peut-être que j’en fais trop, mais vous n’avez qu’à poser les yeux sur le jeu ne serait-ce qu’une petite poignée de secondes pour en tomber éperdument amoureux. Et je ne vous parle même pas de se bande originale, composée par un certain Gareth Coker, qui, en plus de s’incruster instantanément en tête, rythme l’aventure d’une insolente maitrise.

Ori and the Blind ForestEn ce qui concerne le gameplay, Ori and the Blind Forest est un jeu de plateforme tout ce qu’il y a de plus classique construit sous la forme d’un Metroidvania. Ce genre de jeu qui fait la part belle à l’exploration, la monté en niveau et où chaque zone n’est accessible qu’après avoir récupéré un objet ou un pouvoir bien particulier. Ainsi, sans atteindre le degré de maitrise d’un Metroid ou d’un Castlevania, le jeu de Moon Studios est très intelligemment conçu avec une formidable science du rythme et un level design réglé comme du papier à musique. L’environnement est fait de telle manière que les aptitudes d’Ori sont sans cesse mis à rude épreuve et chaque nouvelle capacité arrive systématiquement au moment le plus opportun afin d’insuffler toujours plus d’intérêt à l’aventure qui ne baisse jamais en régime. Et afin de donner plus de piment au tout, l’aspect purement plateforme, qui tire ses inspirations de Rayman, est particulièrement exigeant et ne pardonne aucune sorte d’écart. A la manière de n’importe quel Die and Retry, attendez-vous à mourir des centaines de fois avant de pouvoir passer le moindre petit passage qui mène à un bonus, un raccourci ou à la dernière salle d’un donjon. De quoi se demander si les concepteurs du jeu n’ont pas poussé le curseur de la difficulté un peu trop loin tant la progression se révèle parfois très compliqué.  Car si le plaisir d’évoluer dans un paysage onirique se marie à la perfection avec la satisfaction d’avoir passé une dizaine d’ennemis cracheur de projectiles sans y laisser une plume, Ori and the Blind Forest souffre de quelques défauts qui ternissent l’expérience de jeu.

Ori and the Blind ForestComme je vous le disais un peu plus haut, Ori and the Blind Forest est un jeu exigeant qui demande une grosse dose de skill et un grand bol de sang froid pour ne pas finir en miette au premier obstacle et devoir tout recommencer depuis le dernier point de sauvegarde. Pour autant, lorsque l’exigence se conjugue avec un manque de visibilité et des contrôles approximatifs, le plaisir de jeu peut se transformer en un odieux sentiment de frustration. Je ne compte même plus le nombre de fois où j’ai voulu exploser ma manette contre mon écran suite à un double saut qui n’a pas fonctionné, une erreur de collision ou encore ces satanés picots sournoisement cachés par un élément du décor au premier plan. De quoi devenir complètement dingue, notamment en fin de donjon où l’on doit fuir le plus vite possible pour ne pas finir noyé, brulé ou dans le bec d’un corbeau un peu mal luné. Néanmoins, ces quelques “accros” se font assez rares et ne sont pas aussi ennuyeux que les patterns aléatoires des ennemis qui entrent en contradiction avec l’une des mécaniques principales du jeu. Car avec la maitrise de la frappe, il est possible d’utiliser un ennemi ou un projectile pour se propulser dans les airs et atteindre des endroits en hauteur. Alors lorsqu’on se plante lamentablement à la dernière étape d’un trajet aérien parce qu’un ennemi n’a pas sauté du bon côté, il y a de quoi faire une petite rupture d’anévrisme. Un jeu aussi exigeant qui fait du Die and Retry son leitmotiv ne peut pas se permettre de faire intervenir une notion de chance dans son gameplay. Surtout lorsqu’on propose aux joueurs de terminer le jeu sans mourir une seule fois pour déverrouiller un succès. Partant de là, je vous avoue avoir un peu de mal à comprendre les journalistes et les joueurs qui ont encensé le jeu, le qualifiant même de chef d’œuvre, sans jamais pointer ces défauts. Ori and the Blind Forest se pose peut-être comme une formidable machinerie minutieusement réglée, mais dont certains mécanismes n’ont pas été suffisamment huilé pour que l’ensemble tourne à la perfection.

BienMalgré quelques défauts qui le privent du statut de chef d’œuvre à mes yeux, Ori and the Blind Forest est une expérience envoutante, délicieusement punitive et portée par une réalisation magistrale. Un jeu comme on en voit bien trop peu de nos jours et qui possède tellement plus d’âme et de relief que les gros blockbusters actuels qui vampirisent aussi  bien les joueurs que les médias. Pourtant, avec Ori, l’essayer, c’est l’adopter et accepter de souffrir est l’une des conditions sinequanone pour y prendre du plaisir. Un jeu BDSM donc…

1 commentaire

  1. Bon aperçu dans l’ensemble, attention cependant aux fautes…j’en ai relevé plusieurs, et lors de la lecture d’un article comme celui-ci, ça saute aux yeux.

    Cordialement

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