Test de Far Cry Primal

Contrairement aux idées reçues, Ubisoft est un éditeur qui ose prendre des risques. Et c’est justement ce qu’ils ont fait avec Far Cry Primal en choisissant la préhistoire comme terrain de jeu. Un bien joli coup puisqu’en plus de faire preuve d’une certaine forme d’originalité, Ubisoft nous signe ici, à mon humble avis, son meilleur jeu de cette génération.

Test de Far Cry PrimalDepuis ces dernières années, tacler Ubisoft est devenu un sport national pour une certaine frange de joueurs. Et quelque part, l’éditeur français l’a bien mérité. C’est juste la triste conséquence d’avoir tiré trop fort sur la corde de leurs licences et d’avoir pris les joueurs pour des porte-monnaie sur pattes incapables d’apprécier un jeu à sa juste valeur. Malgré tout l’amour que je lui porte, la série Assassin’s Creed n’a fait que dégringoler au fil de ses épisodes annuels, Watch_Dogs a fait l’effet d’un pétard mouillé avec sa technique à des années-lumière des promesses initiales et Far Cry 4 n’était au final qu’un simple copié collé du 3 en plein milieu de l’Himalaya. Pourtant, Ubisoft est sans conteste l’éditeur qui ose prendre le plus de risques parmi les gros et ils n’hésitent pas à lancer régulièrement de nouvelles franchises. C’est bien pour ça que je n’ai pas été étonné de les voir délocaliser Far Cry chez les Cro-Magnon. Une époque où les flingues, jeep et Wing suit laissent leur place aux sagaies, tigres à dents de sabre et autres bombes artisanales pleines de guêpes. Et si le choix de la période peut paraitre audacieux, la proposition d’un FPS sans le moindre flingue hormis un arc et quelques flèches l’est nettement plus à mon gout. Surtout à une époque où les joueurs ne jurent que par Call of Duty, Battlefront et tout ce qui va avec. Mais contre toutes attentes, et là je parle des miennes, la formule marche bien. Je dirais même qu’elle fonctionne à merveille.

Test de Far Cry PrimalSi le choix de la période est à saluer, Ubisoft Montréal ne s’est pas spécialement foulé pour le reste car Far Cry Primal est construit sur le même moule que ses prédécesseurs. On se retrouve donc dans les basquets, ou plutôt dans les peaux de bêtes, d’un personnage désincarné qui se retrouve propulsé dans un environnement hostile qu’il ne connaît pas et où il devra tout faire pour survivre. Côté scénario, autant vous dire qu’on taquine le néant et on se retrouve grossièrement à devoir mettre la misère à deux autres tribus au beau milieu d’une terre pleine de dangers et où les dialogues se résument le plus souvent à du : “Toi chercher plumes pour moi voler comme oiseau“. Mais encore une fois, ça fonctionne plutôt bien car l’époque ne se prête absolument pas à des récits alambiqués et le scénario sert ici de simple prétexte à la découverte d’Oros et à la castagne contre les Udam et les Izila. Ce qui est l’activité principale dans Far Cry Primal. Côté gameplay, pas besoin d’avoir un sniper ou une Kalash dans les mains pour faire du grabuge. Car dès qu’il est question d’aller filer un coup de main à un Wenja en galère contre un ours ou d’infiltrer un avant-poste ennemi pour en prendre le contrôle, l’arc se montre d’une précision redoutable pour aligner les headshot, le gourdin est l’arme idéale pour fracasser des crânes en combats rapprochés et la sagaie est d’une efficacité redoutable pour les éliminations discrètes ou pour empaler un loup, une chèvre ou un mammouth qui passerait par là. On retrouve aussi la dimension “rpg” habituelle aux Far Cry avec des points d’expérience qu’on glane au fil des missions pour acquérir de nouvelles compétences allant du sprint en continu à la possibilité de monter certains animaux. La faune du jeu est très dense et il est possible, moyennant un bout de viande et une caresse, d’apprivoiser les bêtes les plus féroces d’Oros pour les envoyer arracher une carotide ou deux d’un simple petit sifflement. Il est même possible d’appeler une chouette pour faire de la reconnaissance de terrain, marquer les ennemis ou même les tuer le cas échéant avec un bon vieux coup de griffe des familles. En fait, qu’on soit sur le terrain à fracasser des cranes ou dans la pampa à jouer avec les animaux, on ne se fait jamais vraiment chier dans Far Cry Primal.

Test de Far Cry PrimalLa première fois où j’ai posé les yeux sur la bande-annonce du Far Cry Primal, j’ai tout de suite imaginé un jeu un peu mou des genoux qui miserait tout sur la chasse au mammouth. On est finalement loin de tout ça et c’est même l’épisode de Far Cry où je me suis le moins ennuyé. Et s’il n’y a pas de psychopathes avec une coiffure des années 80 en guise de gros méchant ou quelques bonnes punchlines balancées par un hippie à la radio, le jeu fourmille de vie et il y a toujours un truc à faire peu importe où l’on gambade sur la carte. Entre les missions principales et secondaires qui recouvrent la carte comme des boutons recouvrent la face d’un ado en manque de lotion, Far Cry Primal propose un tas d’activités qui brisent parfaitement la monotonie qui pourrait s’installer en ne suivant que la trame principale. On se retrouve donc à voguer entre les parties de chasse improvisées pour se confectionner une petite laine avant de visiter les terres enneigées du nord, à prêter mains fortes aux Wenja dans diverses missions aléatoires ou aller prendre le contrôle d’un avant-poste ennemi pour s’assurer des points de voyage rapide. Une bien jolie variété qui nous amène tout de même au plus gros défaut du jeu et des productions d’Ubisoft en règle générale. À savoir cette saleté de manie de construire ses jeux sur le même schéma sans même prendre la peine d’essayer de faire un peu de neuf. S’il ne faut plus escalader de tours pour faire apparaître la carte, encore heureux, il est toujours nécessaire de se farcir et prendre le contrôle d’avant-postes disséminés un peu partout sur la carte pour assainir une zone et ne plus se faire agresser par l’ennemi toute les 30 secondes. Et bien que cette mécanique donne un peu de corps à l’aventure, elle commence sérieusement à dater et à tourner en rond. Ubisoft a fait le pari de choisir l’époque préhistorique, ce qui n’est pas rien, et ils sont incapables de changer les choses concernant le cœur du jeu. Et il en va de même pour le crafting qui, même s’il prend tout son sens vis-à-vis de l’époque, est utilisé abusivement et en devient même parfois vomitif. Là aussi on atteint un certain point de rupture et si j’entends parfaitement l’intérêt de choper quelques peaux de bête et cueillir des plantes pour se confectionner un remède de fortune, je ne vois pas trop l’intérêt de passer son temps à couper du bois et ramasser différents types de roches pour améliorer l’habitat de quelques PNJ qui nous filent des missions. Far Cry Primal est un très bon jeu, c’est même l’un des meilleurs de la série avec le troisième selon moi, mais le calque des productions Ubisoftiennes boufé jusqu’à la moelle depuis ces dix dernières années a largement fait son époque et il est plus que temps de passer à autre chose.

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note_4 Croc Bien
En plus de nous prouver qu’il est tout à fait possible de s’amuser dans un FPS sans avoir un container d’Ak47 et les munitions qui vont avec, Far Cry Primal est surtout la plus belle publicité que l’on pouvait faire à la préhistoire. Une époque qu’on ne voit malheureusement presque jamais dans le jeu vidéo et qui est pourtant un magnifique terreau pour de belles et grandes aventures. La formule de Far Cry y fonctionne à merveille et si l’on met de côté les quelques mécaniques inhérentes aux productions Ubisoft qui commencent sérieusement à sentir le blaireau faisandé, je trouve qu’on tient là le meilleur jeu de l’éditeur français pour cette génération. À savoir un titre aussi plaisant à jouer qu’à regarder et qui ne plante pas au bout de cinq pauvres minutes de jeu. Et ça, quelque part, c’est déjà une petite victoire en soi.

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