Test de Assassin's Creed Syndicate

Après Paris et sa révolution des sans culotte, Ubisoft a embarqué dans le premier ferry pour nous raconter celle de Londres en pleine métamorphose industrielle. Assassin’s Creed Syndicate reprend les bases de son aîné, mais les petites mains d’Ubisoft Québec ont préféré ajouter une brouette de nouvelles fonctionnalités au lieu d’affiner une mécanique qui ne demandait que ça.

Assassin des templiers

Test de Assassin's Creed SyndicateDe la révolution industrielle, on ne retient le plus souvent que les avancées technologiques. Pourtant, cette période n’en reste pas moins aussi sordide et violente que notre bonne vieille Révolution française. Entre la défiguration du paysage par des usines qui poussaient comme des mauvaises herbes, le travail forcé des enfants et les inégalités sociales au profit d’ignobles capitalistes assoiffés par le pouvoir et l’argent, il ne faisait pas bon vivre dans le Londres de 1868. Le lieu et l’époque où nous propulse Assassin’s Creed Syndicate. Pour la première fois dans l’histoire de la série, on incarne un duo d’assassins : Jacob et Evie Frye. Des jumeaux qu’on nous balance à la gueule d’entrée de jeu sans la moindre petite présentation. Tout ce qu’on sait d’eux, de leur histoire, c’est qu’ils sont les fils d’un illustre assassin qui a énormément œuvré pour la confrérie. Rien de plus. En fait, le jeu ne brille pas par son scénario qui manque cruellement de corps. Il y a bien une jolie montée en puissance tout le long de la trame principale avec des dialogues plutôt bien écrits, mais le reste a été particulièrement bâclé : L’introduction est expéditive et la séquence de fin fait l’effet d’un vulgaire pétard mouillé. Quant à la métahistoire, qui signe ici son grand retour, elle se résume à une poignée de cinématiques très mal foutues et à la limite de l’incompréhensible. À croire qu’Ubisoft ne porte aucune importance à la mythologie de sa série qui gagnerait tellement à être un tant soit peu développée Surtout que les jumeaux Frye sont nettement plus intéressants que les trois derniers assassins que l’on a pu croiser. Evie, qui est la plus sérieuse des deux, ne fait que suivre les préceptes inculqués par son père et ne détourne jamais les yeux de son objectif principal : Les fragments d’Eden. Et puis il y a Jacob, la forte tête, qui préfère se castagner dans les rues de Londres et monter un gang pour reprendre le contrôle de la ville des mains de Crawford Starrick, le gros vilain de l’histoire qui ne manque pas de saveur lui non plus. À l’aide de cette différence de caractère, on s’attache très vite à nos jumeaux qui deviennent sans problème les assassins les plus attrayants de la série depuis l’illustre Ezio. Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre Connor, Arno ou Edward, mais il faut tout de même reconnaitre qu’ils manquaient de piquant et surtout de relief. Ce qui n’est pas le cas de nos deux Londoniens qui sont l’une des plus belles surprises d’Assassin’s Creed Syndicate.

Grand Theft Auto : Syndicate

Test de Assassin's Creed SyndicateLes équipes d’Ubisoft Montréal étant trop occupées à bosser sur le prochain Assassin’s Creed (Qui ne devrait plus trop tarder à être leaké) et sur la suite de Watch_Dogs, la maison mère a confié le bébé à Ubisoft Quebec. Pourtant, même si le jeu reprend la même structure qu’Unity, le jeune studio n’a pas joué la carte de la timidité et a intégré de nombreuses nouveautés au gameplay. On note ainsi l’arrivée du grappin qui permet à nos assassins de se hisser sur les toits en triple vitesse et même de glisser en mode tyrolienne vers une position plus basse. Il faut savoir qu’en 1868 les rues de Londres sont nettement plus larges que les ruelles de Paris au XVIIIème siècle et l’utilisation du grappin est donc primordiale si l’on souhaite crapahuter sur les toits de la ville sans jamais toucher le sol. Malheureusement, le système fonctionne plutôt mal et on se retrouve trop souvent à faire valdinguer la caméra dans tous les sens pour espérer trouver un point d’accroche à son grappin. Dans la catégorie des fausses bonnes idées, on note aussi l’arrivée des calèches. Comme dans n’importe GTA-Like, il est possible d’emprunter ou de voler une calèche pour se balader en ville. Si je ne critique absolument pas le côté pratique de la chose, l’immersion, elle, en prend un sacré coup. La conduite est totalement surréaliste, on peut mettre des coups de frein pour amorcer ses virages et les chevaux peuvent défoncer tout et n’importe quoi sur leur passage sans éprouver le moindre petit gêne. Mais à côté du ridicule de ces situations, les calèches proposent de super bons moments. Comme des courses-poursuites bien pêchues où il est possible de sauter d’une calèche à une autre et de se battre sur leurs toits. Au-delà d’un problème flagrant de finition, le jeu enquille surtout les mauvaises idées de gameplay. Comme la libération de la ville qui devient très vite rébarbative à répéter sans cesse les mêmes types de missions (Assassinat et libération d’enfants), les enlèvements qui ne servent pas à grand-chose et le nouveau système de combat particulièrement lourdingue où le moindre petit affrontement contre un ennemi d’un niveau supérieur peut durer des plombes. À vouloir trop en faire, Ubisoft Quebec s’est pris les pieds dans le tapis alors qu’il aurait fallu reprendre la formule d’Unity et l’affiner. Et c’est tout ce que les fans d’Assassin’s Creed attendent depuis de longues années maintenant : un jeu carré, propre et bien fini. Ni plus, ni mois.

Marche à Londres

Test de Assassin's Creed SyndicateJe me rends compte que je bave depuis tout à l’heure, mais tout n’est pas à jeter dans Assassin’s Creed Syndicate. Bien au contraire. En fait, il en ressort bien plus de bonnes choses que de mauvaises. À commencer par l’expérience de jeu en elle-même qui reste globalement très bonne. Le fait qu’on puisse switcher entre les personnages y joue pour beaucoup car ils proposent des spécificités qui leur sont propres et qui peuvent très bien s’adapter à la façon de jouer de chacun. Jacob est le bourrin de service qui est très efficace en combat alors qu’Evie est la reine de l’infiltration. Pour autant, les missions de la trame principale imposent un personnage bien précis avec Evie qui sera le plus souvent sur les traces des fragments d’Eden alors que Jacob s’occupera de dessouder tous les hauts membres templiers de la ville. Et c’est là qu’on en vient à regretter l’absence d’un mode coopératif qui se serait prêté à merveille au style des personnages. Surtout que les missions d’assassinats inaugurées dans Unity sont de retour et proposent une flopée d’angles d’approche différents. Si le passage en force reste toujours la meilleure solution, il est possible de jouer la carte de la discrétion avec une nouvelle approche de l’infiltration. Ça reste encore très pauvre par rapport à ce qui existe ailleurs, mais il est maintenant possible d’évoluer accroupie et de se dissimuler derrière des murets. Il était temps ! Mais au-delà des différentes fonctionnalités et modes de jeu, la plus belle activité reste la découverte de Londres. Une fois de plus, Ubisoft a réalisé un travail d’orfèvre et titanesque avec la modélisation de la capitale anglaise. Qu’on sautille de barques en barques sur la Tamise, qu’on escalade la façade de Big Ben ou qu’on active son grappin depuis le toit de la gare St Pancras, crapahuter au cœur de Londres est un véritable petit délice. Et comme le jeu est un peu moins gourmand qu’Unity, notamment sur le nombre de personnes à afficher, tout est beaucoup plus stable et il y a nettement moins de bugs. Ce qui n’empêche pas à Londres de respirer la vie avec des nombreux badauds dans les rues, un festival de calèches sur les avenues ou des enfants en train de jouer au ballon aux quatre coins de la ville. Techniquement parlant, le jeu est un poil moins impressionnant qu’Unity sur la profondeur de champ ou les détails des éléments au loin, mais il reste tout aussi beau de près avec un gros travail sur les éclairages. Ubisoft a semble-t-il fait les bons choix pour éviter la catastrophe de l’année dernière, mais les errances de gameplay montrent qu’il est plus que temps pour la série de faire une bonne pause. Assassin’s Creed est une série que je suis depuis le premier épisode et ça me ferait vraiment mal de la voir sombrer.

 

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note_3 Brouillon
De mémoire, jamais un épisode d’Assassin’s Creed n’avait autant divisé. Entre les retours trop enthousiastes et les avis parfois glacials, difficile de savoir ce que vaut réellement le dernier rejeton d’Ubisoft. Pourtant, à y regarder de plus près, la vérité se situe à la croisée des courants. Car il faut bien le reconnaitre, Assassin’s Creed Syndicate collectionne les mauvais points. À commencer par une histoire qui débute aussi mal qu’elle se termine, une accumulation de nouveautés de gameplay qui rendent la formule confuse et l’absence pure et simple de mode multijoueur. Mais le jeu offre aussi de très belles choses. Comme les jumeaux Frye qui sont les assassins les plus attachants qu’ait connue la série depuis Ezio ou encore le retour des missions d’assassinats qui s’affichent sous leur meilleur jour. Mais le plus beau reste cette somptueuse ville de Londres qu’on découvre avec autant de gourmandise qu’un diabétique devant un brownie après 6 mois de sevrage. Mais au final, il ne reste d’Assassin’s Creed Syndicate qu’une copie brouillonne qui laisse un goût d’inachevé en bouche. Preuve comme quoi Ubisoft devrait laisser sa franchise au repos pour au moins deux ou trois ans. Histoire qu’elle nous revienne sous son plus beau jour.

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