Il parait que dans l’espace personne ne nous entends crier. Ce que j’en sais, c’est quand dans un placard, mieux vaut la fermer. Sous peine de se faire transpercer la cervelle par un Alien ou briser la nuque par un synthétique un peu trop tatillon sur le règlement. Après pas loin de 25 heures de jeu, s’il y a bien une chose que j’ai retenu de cette formidable aventure, c’est qu’on ne joue pas à Alien : Isolation, c’est lui qui joue avec nos nerfs.

Alien IsolationS’il fallait retenir qu’une seule chose d’Alien : Isolation, ce serait son ambiance délicieusement oppressante qu’un claustrophobe accueillerait par une belle crise de panique. Pourtant, le jeu n’est pas un foudre de guerre techniquement parlant. Ça manque de finesse, la modélisation est assez sommaire et ça se permet même de ramer par moments. Par contre, la lumière est drôlement bien gérée et on a régulièrement le droit à de jolis effets où les ombres s’étalent sur les parois exiguës de la base. Mais pour en revenir à nos moutons, l’ambiance est principalement portée par la direction artistique ainsi qu’une bande-son remarquablement travaillée qui nous plonge instantanément en plein cœur d’Alien : Le huitième Passager. Si bien qu’il suffit de fermer les yeux pour se croire dans l’œuvre de Ridley Scott. Sauf qu’ici, on n’incarne pas Ellen Ripley, mais sa fille Amanda. Depuis la disparition de sa mère, Amanda se cantonne à des petits boulots de mécanicienne dans la zone où le Nostromo a disparu. Tout ça dans l’espoir de la retrouver. Et un beau jour, voilà qu’on lui apprend que la boite noire du vaisseau a été retrouvée et qu’elle attend sagement sur la base Sevastopol. Une bien chouette nouvelle qui va pourtant se transformer en véritable cauchemar. La base est sens dessus dessous, la sécurité a perdu le contrôle, les occupants se révoltent et les synthétiques deviennent étrangement hostiles envers les humains. Et comme si ça ne suffisait pas, voilà qu’un Alien belliqueux a pris possession des lieux en semant la mort là où il passe. En clair, c’est la merde et il va falloir faire avec.

Alien IsolationAmanda a beau être sur la jaquette du jeu, la véritable star du titre de The Creative Assembly est l’Alien et personne d’autre. Et ça, on le comprend dès notre première rencontre avec le xénomorphe. Impressionnant, véloce et cruel, on ne peut pas vraiment dire que la bête de Giger fasse peur, mais elle parvient à mettre une telle pression que jouer à Alien : Isolation avec une inflammation du colon peut s’avérer potentiellement dangereux. Une pression que le jeu s’amuse à maintenir tout au long de l’aventure à l’aide d’artifices ingénieux et terriblement odieux. Par exemple, il n’est pas rare de se faire surprendre par le détecteur de mouvements qui s’affole en nous indiquant que quelque chose approche rapidement, avec en prime des bruits métalliques au niveau du plafond. L’Alien est là, il rode dans les conduits d’aération et il est primordial d’avancer en silence sous peine de le faire sortir de sa cachette. Une mécanique qui recommence régulièrement et c’est justement au moment où l’on commence à prendre confiance que l’Alien déboule et se met à errer dans les parages. A ce moment-là, fini de jouer, les choses sérieuses commencent et l’on doit se lancer dans une grande partie de cache-cache avec le xénomorphe. On a bien accès à quelques armes, mais hormis le lance flamme qui permet de faire fuir la bête temporairement, tout le reste a autant d’effet qu’un moustique sur la calandre d’un bulldozer. Au final, la méthode du lâche est de loin la meilleure et il faut donc se planquer sous une table, dans l’ombre ou encore bien à l’abri dans un placard pour espérer s’en sortir. Du moins, jusqu’à ce qu’on se fasse débusquer manu militari. L’Alien est malin, très mobile et il faut constamment être en mouvement, ne pas hésiter à lui passer dans le dos et savoir jouer des différents leurres disponibles (Fumigènes, bombes sonores) pour ne pas se faire écharper et devoir tout recommencer jusqu’au dernier point de sauvegarde. Un point qui m’amène justement au plus gros problème d’Alien : Isolation : Un système de sauvegarde archaïque couplé à du Die and Retry qui n’a pas vraiment sa place ici.

Alien IsolationVous connaissez Super Meat Boy ? C’est un jeu de plateforme horriblement difficile où l’on contrôle un petit bout de viande qui doit rejoindre sa dulcinée de l’autre côté de l’écran tout en prenant soin d’éviter les nombreux pièges sur son passage. Et bien ce jeu est certainement la meilleure définition que l’on pourrait faire du Die and Retry. On avance, on meurt, on apprend de ses erreurs et on recommence jusqu’à connaitre le niveau sur le bout des doigts. Mais si ça fonctionne à merveille dans Super Meat Boy, on ne peut pas en dire autant pour Alien : Isolation. En effet, si le petit jeu du chat et la souris entre Amanda et l’Alien est le cœur même du titre de The Creative Assembly, le scénario, la narration et l’ambiance sont des éléments indéboulonnables de l’expérience globale. De ce fait, devoir recommencer ad nauseam une séquence de jeu avec une cinématique ou un ressort narratif parce qu’on se fait surprendre par un Face Hugger caché derrière un carton ou un synthétique à l’affut dans un coin d’une pièce est une mécanique terriblement frustrante qui brise toute l’ambiance posée en amont. De plus, le jeu utilise un système de sauvegarde « A l’ancienne » où l’on doit soit même sauvegarder sur des bornes qui sont souvent mal placées et bien trop espacées. Ce qui nous oblige souvent à faire machine arrière pour sauvegarder par peur de devoir recommencer tout une série d’actions rébarbatives (Piratage d’un système, déverrouillage d’une porte etc.). Un système de sauvegarde moderne avec des points de passage automatiques aurait été nettement plus pertinent pour un jeu qui joue autant de son ambiance pour happer le joueur.  Pour continuer dans les défauts, tant qu’on y est, je pourrais aussi vous parler de l’intelligence artificielle. Si l’Alien montre un comportement assez bluffant, ce n’est pas forcément le cas des humains ou des synthétiques que l’on croise dans les méandres de Sevastopol. Les comportements sont stéréotypés et il est très facile de prédire leurs déplacements pour ne pas se faire prendre. Mais là, autant vous dire que je chipote un peu.

Alien Isolation
L’amical des Predators de la voie lactée sont unanimes. Ça défonce sa maman.

Malgré tous ses défauts (Intelligence artificielle perfectible, système de sauvegarde archaïque, aspect die and retry trop présent), Alien : Isolation est ce qu’on appelle un grand jeu. Le genre de jeu qui vous prends aux tripes du début à la fin et qui vous laisse un souvenir impérissable. Je dirais même qu’il fait partie de ce genre de jeu qui font bouger les choses et qui pose sa pierre à ce gigantesque édifice qu’est le jeu-vidéo. Intelligent, brillant, oppressant, vicieux et surtout très addictif, le jeu de The Creative Assembly est surtout le plus bel hommage que l’on pouvait faire au film de Ridley Scott. Et à moins d’une surprise dans les mois qui viennent, Alien : Isolation est ma plus belle expérience de cette année.

 Alien : Isolation – édition nostromo

1 commentaire

  1. Un jeu avec une qualité assez basique. Pendant une partie le jeu rame sans qu’on sache trop pourquoi. Néanmoins, la qualité de l’image et des effets dans le jeu est au top je dois dire.

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